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ArthropodesEthique-sociologie-philosophie

Do Insects Feel Joy and Pain?

By 28 juin 2023No Comments

Type de document : article publié dans Scientific American

Auteur : Lars Chittka

Extrait en français (traduction) : Les insectes ressentent-ils la joie et la douleur ?
Les insectes ont une vie intérieure étonnamment riche, une révélation qui a des implications éthiques de grande envergure.
Les chercheurs ont […] montré que les abeilles et certains autres insectes sont capables d’un comportement intelligent […]. Les abeilles, par exemple, peuvent compter, saisir les concepts de similitude et de différence, apprendre des tâches complexes en observant les autres et connaître les dimensions de leur propre corps, une capacité associée à la conscience chez l’homme. Elles semblent également éprouver du plaisir et de la douleur. En d’autres termes, il semble qu’au moins certaines espèces d’insectes – et peut-être toutes – soient sensibles.
Ces découvertes soulèvent des questions fascinantes sur les origines de la cognition complexe.
Elles ont également des implications éthiques considérables sur la manière dont nous devrions traiter les insectes en laboratoire et dans la nature.

Signes d’intelligence
L’idée reçue sur les insectes est qu’il s’agit d’automates, de créatures irréfléchies et insensibles dont le comportement est entièrement programmé. Mais dans les années 1990, les chercheurs ont commencé à faire des découvertes surprenantes sur l’esprit des insectes. […] Compte tenu des nombreux travaux sur la sophistication de la cognition des insectes, il peut sembler surprenant qu’il ait fallu autant de temps aux scientifiques pour se demander si, dans la mesure où certains insectes sont aussi intelligents, ils pourraient également être sensibles, capables de ressentir quelque chose. […]. D’autres recherches ont suggéré que les insectes pourraient également avoir des états mentaux positifs. […] Mais ces indices suggestifs d’états d’esprit négatifs et positifs ne suffisent pas à démontrer que les insectes sont sensibles.
Plaisir et douleur
[…] D’autres travaux suggèrent que les abeilles peuvent éprouver non seulement de l’optimisme, mais aussi de la joie. […] Ces expériences ne sont pas seulement mignonnes : elles apportent des preuves supplémentaires de l’existence d’états émotionnels positifs chez les abeilles.
Toutes ces recherches ont soulevé la question plus inconfortable de savoir si les abeilles pourraient également être capables d’éprouver de la douleur. L’étude expérimentale de cette question place les chercheurs devant un dilemme moral : si les résultats sont positifs, la recherche pourrait permettre d’améliorer le bien-être de billions d’insectes sauvages et gérés. Mais cela impliquerait également des souffrances potentielles pour les animaux qui sont soumis à des expérimentations afin d’obtenir des preuves. […]Les abeilles et d’autres insectes forment également des souvenirs à long terme des conditions dans lesquelles ils ont été blessés. Ils disposent en outre de capteurs spécialisés qui détectent les lésions tissulaires et sont reliés à des régions du cerveau qui traitent et stockent également d’autres stimuli sensoriels. Ces créatures disposent de l’équipement neuronal nécessaire pour moduler l’expérience de la douleur par un contrôle descendant. En d’autres termes, elles ne sont pas limitées par de simples boucles réflexes lorsqu’elles réagissent à des stimuli nocifs, mais font preuve de la souplesse nécessaire pour modifier leurs réponses en fonction des circonstances. […]Si au moins certains insectes sont sensibles et peuvent ressentir la douleur, comme cela semble être le cas, quelles sont les implications de cette révélation ? […] L’idée que de nombreux animaux d’élevage conventionnels sont probablement sensibles n’a pas empêché les humains de les tuer. Mais elle a permis de prendre conscience (et de légiférer dans de nombreux pays) que cette mise à mort doit être effectuée de manière à minimiser la détresse et la douleur. […]Pour vivre, pour manger, nous tuons presque inévitablement d’autres êtres vivants, même si la division du travail fait que ce n’est pas vous qui tuez. Mais dans la mesure où les créatures concernées sont probablement sensibles, nous avons l’obligation morale de minimiser leurs souffrances, que ce soit dans les laboratoires de recherche, dans les fermes de production alimentaire ou dans le cadre de l’agriculture.
Le fait qu’il n’existe à ce jour aucune preuve irréfutable de la sensibilité d’un animal ne signifie pas que nous sommes tirés d’affaire. Au contraire, les indicateurs psychologiques, pharmacologiques, neurobiologiques et hormonaux raisonnablement solides de la sensibilité dont nous disposons aujourd’hui pour de nombreux animaux, y compris certains insectes, signifient qu’il est nécessaire d’acquérir des preuves dans la direction opposée. Nous devrions exiger des preuves raisonnablement solides de l’absence de sensibilité avant de soumettre ces animaux à des interventions susceptibles de provoquer une détresse intense.

Extrait en anglais (original) : Insects have surprisingly rich inner lives—a revelation that has wide-ranging ethical implications.
Researchers have […] shown that bees and some other insects are capable of intelligent behavior that no one thought possible when I was a student. Bees, for example, can count, grasp concepts of sameness and difference, learn complex tasks by observing others, and know their own individual body dimensions, a capacity associated with consciousness in humans. They also appear to experience both pleasure and pain. In other words, it now looks like at least some species of insects—and maybe all of them—are sentient
These discoveries raise fascinating questions about the origins of complex cognition. They also have far-reaching ethical implications for how we should treat insects in the laboratory and in the wild.
Signs of Intelligence
The conventional wisdom about insects has been that they are automatons—unthinking, unfeeling creatures whose behavior is entirely hardwired. But in the 1990s researchers began making startling discoveries about insect minds. […] Given the substantial work on the sophistication of insect cognition, it might seem surprising that it took scientists so long to ask whether, if some insects are that smart, perhaps they could also be sentient, capable of feeling. […] Other research hinted that insects might also have positive states of mind. But these suggestive hints of negative and positive mind states still fell short of what was needed to demonstrate that insects are sentient.
Pleasure and Pain
[…] Other work suggests that bees can experience not only optimism but also joy. […] These experiments are not merely cute—they provide further evidence of positive emotionlike states in bees.
All this research raised the more uncomfortable question of whether bees might also be capable of experiencing pain. Investigating this issue experimentally presents researchers with a moral dilemma: if results are positive, the research might lead to improved welfare of trillions of wild and managed insects. But it would also involve potential suffering for those animals that are tested to obtain the evidence. […]Bees and other insects also form long-term memories about the conditions under which they were hurt. And they have specialized sensors that detect tissue damage and are connected to brain regions that also process and store other sensory stimuli. These creatures have the necessary neural equipment to modulate pain experiences by top-down control. That is, they are not constrained by simple reflex loops when responding to noxious stimuli but display the flexibility to modify their responses according to current circumstances, in the same way as we can choose to press a hot door handle to escape a burning building. […]If at least some insects are sentient and can feel pain, as appears to be the case, what are the implications of that revelation? […] The insight that many conventional livestock animals are probably sentient hasn’t stopped humans from killing them. But it has resulted in an awareness (and legislation in many countries) that this should be done in such a way as to minimize distress and pain. […]To live, to eat, we almost inevitably kill other living things, even if our labor division means that you personally don’t do the killing. But to the extent that the affected creatures are probably sentient, we have a moral obligation to minimize their suffering—whether in research labs, on feed-and-food farms, or in agricultural settings.
The fact that to date there is no smoking-gun type of proof for any animal’s sentience does not mean we’re off the hook. On the contrary, the reasonably strong psychological, pharmacological, neurobiological and hormonal indicators of sentience that we now have for many animals, including some insects, mean that acquiring evidence in the opposite direction is in order. We should demand reasonably strong evidence of the absence of sentience before subjecting them to interventions that have the potential to cause intense distress.

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Extrait du site du Scientific American