Type de document : article scientifique publié dans Current Biology
Auteurs : Antonio J. Osuna-Mascaró, Alice M.I. Auersperg
Résumé en français (traduction) : Utilisation flexible d’un outil polyvalent par une vache
Imaginez les outils qu’une vache pourrait fabriquer. Cette idée, illustrée avec humour dans la bande dessinée Far Side de Gary Larson, reflète une idée largement répandue : les vaches ne sont ni capables de résoudre des problèmes ni d’utiliser des outils. En science comme dans la culture, on sous-estime souvent les capacités cognitives des espèces d’élevage, ce qu’accentuent leur rôle utilitaire et les préjugés persistants liés à la consommation de viande. Malgré plus de 10 000 ans de domestication, les recherches sur la cognition bovine restent rares et se limitent à des contextes appliqués tels que la productivité et le bien-être. L’utilisation d’outils, bien que rarement observée, constitue un test rigoureux de la flexibilité cognitive. Défini comme la manipulation d’un objet externe pour atteindre un objectif via une interface mécanique, l’utilisation d’outils va des routines typiques de l’espèce à des actes innovants et spécifiques à un problème. Nous présentons ici notre démonstration expérimentale de l’utilisation flexible et égocentrique d’outils chez une vache domestique (Bos taurus), Veronika, qui utilise une brosse lave-pont pour se gratter. Au cours d’essais randomisés, elle a préféré l’extrémité à poils, mais est passée à l’extrémité en bois lorsqu’elle ciblait des zones plus douces du bas du corps. Cette utilisation adaptative des caractéristiques de l’outil révèle une utilisation polyvalente de l’outil qui n’avait jamais été signalée auparavant chez les mammifères non primates. Nos résultats élargissent la portée taxonomique de l’utilisation flexible des outils et invitent à réévaluer la cognition du bétail.
Résumé en anglais (original) : Imagine the tools a cow would make. This idea, humorously illustrated in Gary Larson’s Far Side cartoon, captures a widespread assumption: cows are neither problem-solvers nor tool users. In science, as in culture, livestock species are often cognitively underestimated, reinforced by their utilitarian role and persistent mind-denial biases associated with meat consumption. Despite over 10,000 years of domestication, research on cattle cognition remains scarce and confined to applied contexts such as productivity and welfare. Tool use, while rarely observed, offers a stringent test of cognitive flexibility. Defined as the manipulation of an external object to achieve a goal via a mechanical interface, tooling ranges from species-typical routines to innovative, problem-specific acts. We report here our experimental demonstration of flexible egocentric tooling in a pet cow (Bos taurus), Veronika, who uses a deck brush to self-scratch. Across randomized trials, she preferred the bristled end but switched to the stick end when targeting softer lower-body areas. This adaptive deployment of tool features reveals multi-purpose tool use not previously reported in non-primate mammals. Our findings broaden the taxonomic scope of flexible tool use and invite a reassessment of livestock cognition.
