Ethique-sociologie-philosophie

Incarnation ou incubation ? Les animal studies et la « clean meat »

Par 27 octobre 2020 Pas de commentaire

Type de document : article scientifique publié dans Zilsel

Auteur : Jocelyne Porcher

Extrait : La clean meat, ou « viande propre » ou « viande cultivée » ou « viande in vitro » est une innovation inscrite au centre d’un paradigme de production alimentaire en émergence : l’agriculture cellulaire. Selon ses promoteurs, « l’agriculture cellulaire, ou Cell-Ag en abrégé, est la science ou la pratique des produits animaux issus de cellules animales, plutôt que d’animaux entiers ». Cela inclut, mais sans s’y limiter, les « produits animaux destinés à l’alimentation tels que la viande, le lait et les œufs, ainsi que le cuir, la soie et la corne de rhinocéros ». Il s’agit de fournir des produits animaux non entachés de mort animale i. e. moralement « clean », mais également, concrètement, non contaminés par le corps « sale » de l’animal de ferme. Cela en changeant le niveau d’extraction de la matière animale : la cellule plutôt que l’animal, l’incubation plutôt que l’incarnation. Ainsi que l’exprime Mark Post, biologiste néerlandais pionnier de ce type de recherches et aujourd’hui à la tête de la start-up Mosa Meat, financée par Sergey Brin (cofondateur de Google), par Bell Group Food et par M. Ventures (le fonds d’investissement de l’entreprise pharmaceutique Merck) : « La viande in vitro de bovin est 100 % naturelle, elle grossit en dehors de la vache ». Nous verrons que cette assertion renvoie à un fonds commun de représentations partagées par les biologistes, par les universitaires, et par les militants qui défendent cette innovation.

La clean meat est promue comme une innovation extraordinaire. Je propose de montrer qu’elle ne l’est pas, et qu’au contraire elle se situe dans le droit fil de l’industrialisation de l’élevage entreprise au 19e siècle par la science et par l’industrie. Je m’interrogerai tout d’abord sur les acteurs mobilisés autour de cette innovation et sur leurs arguments pour la promouvoir, puis sur ses liens avec le champ scientifique des animal studies, et enfin sur les impacts qu’elle pourrait avoir sur le système agro-alimentaire et sur nos relations avec les animaux.

Extrait du site de Zilsel