Conduite d'élevage et relations homme-animal

Et si on ne séparait plus les veaux laitiers des mères ?

Par 12 décembre 2021 janvier 4th, 2022 Pas de commentaire

Type de document : Article publié sur le site de Radio-Canada

Auteur : Catherine Mercier

Extrait : Pourquoi la pratique standard dans le secteur laitier est-elle de séparer les veaux des vaches? ” Séparer les veaux, ça tombe sous le sens pour un producteur laitier. D’où vient son salaire? Du lait qu’il vend. Donc l’idée, c’est qu’on récolte le lait qui sera ensuite vendu ” […]. Un veau allaité boira de 8 à 10 litres de lait par jour; pour l’agriculteur, cela représente dans l’immédiat une perte économique, car ce lait frais vaut plus cher que la poudre de lait donnée normalement aux veaux. Mais au-delà des considérations financières, il y a l’aspect éthique.
L’Europe fait avancer la discussion
Dans plusieurs pays d’Europe, une réflexion sur la façon d’élever les veaux laitiers est déjà en cours. Elle émane des consommateurs, mais aussi des agriculteurs. Le pays qui est le chef de file dans ce domaine, c’est l’Allemagne. Là-bas, plusieurs certifications existent déjà avec des logos qui permettent d’identifier clairement les produits laitiers issus de fermes où l’on ne sépare plus les veaux des vaches.
Le géant de la distribution allemande Lidl s’est même associé récemment à de grands producteurs laitiers traditionnels qui ont adopté cette nouvelle façon d’élever les veaux.
Kerstin Barth est chercheuse à l’Institut Thünen, un centre de recherche en agriculture biologique dans le nord de l’Allemagne. Elle se penche depuis près de 20 ans sur la séparation vache-veau et constate que l’intérêt pour ce mode d’élevage est en hausse.
“Beaucoup de fermiers qui ne sont pas en bio m’appellent parce qu’ils commencent à penser à ce système et voudraient aller dans cette direction”, dit-elle. […]Même si garder les veaux avec leur mère peut sembler tout naturel, il n’existe pas de mode d’emploi. Les fermiers qui décident de mettre fin à la séparation précoce naviguent donc à l’aveugle. Corné Ansem, producteur laitier dans le sud des Pays-Bas, l’a appris à ses dépens.
Depuis 2007, il ne sépare plus les veaux de leur mère à la naissance, mais ce qui partait d’une bonne intention s’avère au départ plus compliqué que prévu […]Aujourd’hui, après de nombreux essais et erreurs, il les garde ensemble pendant trois mois et la séparation se fait par étapes. Pendant une semaine, les veaux sont placés dans un enclos spécial et peuvent toujours téter la mère à travers une barrière. “Après une semaine, on rajoute une autre barrière, et les veaux ne peuvent plus boire, mais ils peuvent encore voir leur mère et sentir son odeur. C’est une séparation graduelle.”
D’autres producteurs ont recours aux anneaux antisuccion, une invention canadienne d’abord mise au point pour l’industrie bovine. Ces anneaux, qui empêchent l’action de téter, permettent aux veaux de rester au sein du troupeau et de ne pas être physiquement séparés de leur mère, ce qui réduit le stress.
À la recherche de réponses
Contrairement au Canada, la recherche dans plusieurs pays d’Europe sur les systèmes de contact vaches-veaux va bon train. La chercheuse Sigrid Agenas, de l’Université agricole de Suède, mène actuellement un vaste projet de recherche sur l’intégration des veaux dans des systèmes de traite automatisée. Le but est d’évaluer, entre autres, les impacts sur le rendement laitier, la santé des vaches et des génisses et leur fertilité à long terme. […]L’une des questions avec lesquelles les agriculteurs et les chercheurs doivent composer, c’est la durée idéale du contact mère-veau. Sigrid Agenas étudie depuis 2019 des cohortes de veaux qui passent quatre mois avec leur mère. “Ce système inspiré d’une ferme commerciale écossaise fonctionne bien”, dit-elle. Mais pour arriver à déterminer l’âge idéal de la séparation, elle a gardé pour la première fois cet été un groupe de veaux avec leur mère pendant… huit mois! “Si le consommateur rejette la séparation précoce, il risque de demander : “Pourquoi quatre mois?” Nous voulons donc valider différentes hypothèses.”

Extrait du site de Radio-Canaa