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L’animal n’est pas un objet, mais un agent moral

Par 3 février 2022 avril 18th, 2022 Pas de commentaire

Type de document : Article publié dans The Conversation

Auteur : Cédric Sueur

Extrait : L’utilisation de l’animal dans nos sociétés se voit aujourd’hui bouleversée. De nombreuses personnalités ou associations critiquent la manière dont l’humain traite ses semblables non humains, que ce soit dans l’industrie agroalimentaire, les divertissements ou la recherche scientifique. […]Plusieurs recherches montrent aujourd’hui que de nombreuses espèces animales que nous utilisons tous les jours dans nos vies sont capables de ressentir la douleur, mais aussi d’être conscientes de cette douleur et d’agir en conséquence pour la diminuer et se placer dans des conditions plus optimales de bien-être. Pierre Le Neindre, responsable scientifique de l’expertise scientifique collective sur la conscience animale de l’INRAE, et ses collaborateurs publient en 2018 un livre scientifique intitulé La conscience des animaux et qui explique très bien les différents niveaux de conscience et quelles espèces les possèdent.
Pour simplifier, il existe trois niveaux de conscience. La conscience d’accès est la conscience de son environnement et le fait d’agir en fonction de cet environnement. En fait, la plupart des espèces ayant un système nerveux central et capable d’apprentissage possèdent cette conscience d’accès. […]La conscience phénoménale caractérise le ressenti ou le vécu permettant de s’adapter aux situations et faisant intervenir les émotions et d’autres capacités cognitives comme la mémoire épisodique ou la métacognition, c’est-à-dire « je sais ce que je sais » ou « je sais ce que je ne sais pas ». […]Enfin, la conscience de soi est la capacité de se placer dans son environnement social, de savoir que l’on existe et que nous pouvons agir sur nos conspécifiques. Cette conscience fait intervenir le concept de théorie de l’esprit permettant d’attribuer des niveaux d’intentionnalité aux autres animaux, allant du suivi du regard aux croyances. L’attribution de croyances a été par exemple prouvée chez les grands singes ou les éléphants, comme les notions d’empathie ou de moralité si chères au primatologue Frans de Waal.
Les différentes recherches en éthologie montrent donc qu’il est urgent de ne plus considérer l’animal non humain comme un objet. Aujourd’hui, le Code rural et le code civil considèrent l’animal comme un être sensible, lui donnant le statut de patient moral. Mais il est nécessaire d’aller plus loin et lui donner le statut d’agent moral.

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