Ethique-sociologie-philosophie

Parlons-nous trop du « bien-être animal » ?

Par 18 avril 2022 mai 3rd, 2022 Pas de commentaire

Type de document : Article publié dans The Conversation

Auteur : Marie-Claude Marsolier

Extrait : La manière dont nous pensons et les mots que nous employons sont interdépendants, et les professionnels de l’agroalimentaire l’ont bien compris : pour occulter les violences envers les animaux, ils multiplient les euphémismes et détournements sémantiques.
Au XIXe siècle, les tueries et les écorcheries sont ainsi devenues des abattoirs, et dans les élevages aujourd’hui, les soins peuvent aussi bien désigner le limage des dents que la coupe du bec, de la queue ou la castration à vif. Dans le cadre général du déni des souffrances infligées par les humains aux autres animaux, un concept a progressivement envahi tous les discours : le « bien-être animal ». […]


Le mouvement welfariste
Le concept de « bien-être animal » est devenu visible pour le grand public à partir des années 1960, d’abord au Royaume-Uni. En anglais, il est désigné par l’expression animal welfare, welfare signifiant dans son acception générale un « état physique et mental », qu’il soit bon ou mauvais : on peut sans contradiction parler de poor welfare.
De surcroît, welfare renvoie plus spécifiquement depuis le début du XXe siècle à des aides sociales en faveur des humains les plus vulnérables. L’animal welfare est au cœur du mouvement dit welfariste, qui s’efforce d’améliorer les conditions de vie des animaux non humains, en particulier dans les élevages, sans toutefois contester le principe de leur exploitation.
Ce mouvement peut être considéré comme souhaitant étendre aux animaux en général la garantie que leurs besoins minimaux soient assurés, principe aujourd’hui communément admis pour les humains.


De l’animal welfare au bien-être animal
Le welfare se distingue ainsi du well-being, « bien-être » au sens premier de « sentiment général d’agrément, d’épanouissement que procure la pleine satisfaction des besoins du corps et/ou de l’esprit », susceptible de s’appliquer autant aux humains qu’aux non-humains. En anglais donc, les significations distinctes de welfare et de well-being s’appliquent de la même manière aux humains et aux autres animaux.
L’animal welfare anglais a été traduit par « bien-être animal » en français, ce qui a brisé cette belle symétrie. Le welfare social pour les humains correspond en effet en français à « protection » (de l’enfance, etc.) ou à « aide sociale », tandis que le « bien-être animal », censé exprimer la généralisation du welfare social aux non-humains, renvoie intuitivement les francophones au well-being, à l’extension aux autres animaux du bien-être humain. Autrement dit à des notions fondamentalement positives (on ne parle pas de « mauvais bien-être ») et hédoniques (spas, massages…) […]


Un terme fallacieux
Les textes officiels définissent le « bien-être animal » comme un état garanti par la satisfaction de cinq besoins, qualifiés de « libertés » (absence de faim, de peur, etc.).
Même ainsi restreinte, l’appellation « bien-être animal » reste toutefois fallacieuse, son emploi systématique semblant impliquer que le respect des « cinq libertés » est garanti à la majorité des individus.

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Extrait du site de The Conversation