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Cognition-émotionsGestion des populations et bien-être animalPrise en charge de la douleur

Quand les poissons souffrent en silence

By 10 février 2026février 27th, 2026No Comments

Type de document : podcast de l’émission La Terre au carré de France Inter

Auteurs : Mathieu Vidard, Jérôme Boulet, Lucie Sarfaty, Anna Massardier, Joelle Levert, Jean-Philippe Veret. Invités : Sébastien Moro, Amandine Sanvisens

Extrait : On pensait jusqu’aux années 2000 que les poissons ne ressentaient pas la douleur. Cette croyance a longtemps justifié des pratiques d’élevage ou de pêche qui aujourd’hui sont de plus en plus considérées comme inacceptables. « Les poissons passent leur temps à remettre en cause tout ce qu’on savait sur les capacités cognitives des animaux » s’amuse Sébastien Moro. On a découvert que les poissons peuvent utiliser des outils et pour certaines tâches mentales ils sont meilleurs que les chimpanzés »
Une lente prise de conscience de la souffrance des poissons
On parle des poissons comme on parle de marchandises inertes. Combien de fois a-t-on lu ou entendu parler des « ressources » en poissons, ou du « stock » de morue ? Un vocabulaire économique encore présent dans toutes les discussions. Du côté des poissons sauvages, un article paru dans la revue scientifique Animal Welfare a estimé, à partir des tonnages de capture fournis par la FAO (excluant la pêche illégale et les prises accidentelles), que 1100 à 2000 milliards d’individus sont pêchés chaque année. Soit cinq à dix fois plus qu’il n’y a d’étoiles dans notre galaxie. Plus de 30 millions de poissons sont détenus dans les foyers français (Baromètre FACCO-ODOXA 2024-2025). Les moins chanceux tournent en rond dans un aquarium « boule » – une souffrance psychologique perpétuelle – et tous sont considérés comme des marchandises, souvent comme des objets déco. Plus de 70 études publiées dans des revues scientifiques internationales montrent que les poissons ressentent et réagissent à la douleur, pointe la chercheuse Lynne Sneddon, qui a été la première à prouver l’existence de nocicepteurs (un récepteur de la douleur) chez les poissons. « Avant 2002, il avait été affirmé que les poissons ne pouvaient pas ressentir la douleur car on n’avait pas confirmé chez eux la présence de nocicepteurs. Mais en 2002 et en 2003, on identifia pour la première fois des nocicepteurs chez la truite arc-en-ciel, particulièrement nombreux au niveau des lèvres. Il fut par la suite démontré chez les carpes, les poissons rouges, les truites et les saumons, que les stimuli potentiellement douloureux engendraient une activité dans des zones du cerveau différentes de l’activité observée en réaction à des stimuli non douloureux. » raconte Sébastien Moro. (…)
Les poissons ont des récepteurs du système nerveux qui réagissent à la douleur
Et d’une manière « étonnamment similaire » à celle des autres mammifères, selon une étude publiée par Lynne Sneddon fin 2023. « Lorsqu’ils sont soumis à un événement potentiellement douloureux, les poissons présentent des changements de comportement indésirables, tels qu’une suspension de l’alimentation et une activité réduite, qui sont évités lorsqu’un analgésique leur est administré », a déclaré le Dr Sneddon. « Lorsque les lèvres du poisson reçoivent un stimulus douloureux, ils frottent la bouche contre le côté de l’aquarium, un peu comme nous nous frottons l’orteil lorsque nous le cognons. Si nous acceptons que les poissons ressentent de la douleur, cela a des implications importantes sur la façon dont nous les traitons. Des précautions doivent être prises lors de la manipulation des poissons pour éviter d’endommager leur peau sensible et ils doivent être capturés et tués sans cruauté. »
Cette abondance de preuves n’a eu, pour le moment, qu’un effet limité sur la manière dont nous les traitons. En 2021, à l’initiative de l’association PAZ, une trentaine de personnalités, associations et universitaires, lancent un appel dans Reporterre pour l’interdiction de la pêche au vif. « Il est temps que la loi française aille vers une interdiction plus explicite de la pêche au vif (puisque l’interdiction des sévices aux animaux dans le Code pénal n’a jamais été appliquée contre elle), en cohérence avec les dernières découvertes scientifiques et la sensibilité du public face aux violences envers les animaux. Soulignons que cette pêche n’est pas une pratique rurale : elle est nettement plus pratiquée par les pêcheurs de l’agglomération parisienne que par ceux des communes rurales. Les récents engagements des villes de Paris et de la métropole de Grenoble montrent que le mouvement est en marche. » […]

Extrait du site de France Inter