Type de document : article scientifique publié dans Frontiers in Animal Science
Auteurs : Mandel R, Read E, Forkman B, Keeling LJ, Sandøe P, Tuyttens FAM and Nicol CJ
Résumé en français (traduction) : Biais pragmatique en science du bien-être des animaux d’élevage
L’un des rôles fondamentaux de la science du bien-être des animaux d’élevage est de générer des connaissances fondées sur des données probantes concernant les besoins et le bien-être des animaux, afin d’éclairer les décideurs et, en fin de compte, la société dans son ensemble.
Cependant, nous soutenons que les connaissances produites par cette science sont systématiquement influencées par des considérations pragmatiques qui déterminent quels problèmes sont étudiés et de quelle manière, ce qui limite les informations disponibles. Ce phénomène, que nous qualifions de « biais pragmatique », se manifeste par une tendance à se concentrer sur les systèmes de production intensive, les gains à court terme et les symptômes plutôt que sur les causes profondes. En l’absence d’informations suffisantes, les décisions sont prises sur la base des connaissances disponibles. En conséquence, des systèmes considérés comme économiquement efficaces, mais qui offrent un bien-être animal insatisfaisant, se pérennisent ; les problèmes systémiques liés au bien-être sont traités de manière progressive ; et les progrès épistémiques de la discipline sont freinés. Nous soutenons que la disponibilité des financements et les contraintes opérationnelles jouent un rôle central dans le biais pragmatique, mais que la manière dont les chercheurs, soumis à ces pressions, cadrent et mènent leurs recherches est tout aussi importante.
Pour contrer ce biais pragmatique, nous proposons une approche à plusieurs facettes qui passe notamment par le renforcement de la responsabilité des chercheurs à reconnaître comment les contraintes pragmatiques façonnent le travail scientifique. Nous recommandons de normaliser une communication transparente et réflexive sur ces influences par le biais de formations, d’exigences relatives aux manuscrits et d’un dialogue professionnel. Parallèlement, les structures de financement devraient être réformées afin que des mécanismes neutres et ascendants soutiennent une recherche ouverte et centrée sur les animaux. Les connaissances scientifiques devraient être élargies pour inclure un éventail plus large de conditions allant au-delà des alternatives actuellement viables sur le plan économique, y compris celles qui permettent aux animaux de s’épanouir. Enfin, nous suggérons que les chercheurs s’engagent davantage dans les cadres émergents de représentation formelle des animaux afin de soutenir un changement plus systémique et fondé sur l’éthique.
Résumé en anglais (original) :
However, we argue that the knowledge produced by welfare science is systematically affected by pragmatic considerations that shape what problems are studied and how, limiting the information available. This phenomenon, which we term ‘pragmatism bias’, manifests in tendencies to focus on intensive production systems, short-term gains, and symptoms rather than root causes. In the absence of sufficient information, decisions are made with whatever knowledge is at hand. As a result, systems regarded as economically efficient, yet which offer unsatisfactory animal welfare become entrenched, systemic welfare issues are addressed incrementally, and the discipline’s epistemic progress is constrained. We argue that funding availability and operational constraints are central in driving pragmatism bias, yet equally significant is the way researchers, under these pressures, frame and pursue their investigations.
To counteract pragmatism bias, we propose a multifaceted approach that includes strengthening researchers’ responsibility to acknowledge how pragmatic constraints shape scientific work. We recommend normalising transparent, reflexive communication about these influences through training, manuscript requirements, and professional dialogue. Meanwhile, funding structures should be reformed so that neutral, bottom-up mechanisms support open-ended, animal-centred inquiry. Science-based knowledge should be broadened to include a wider range of conditions outside of currently economically viable alternatives, including those that enable animals to thrive. Lastly, we suggest that researchers engage more with emerging frameworks for formal animal representation to support more systemic and ethically grounded change.


