Skip to main content
Réglementation

Assemblée nationale : réponse écrite à la question n°13575 : Fermeture des abattoirs de proximité

Type de document : réponse à la question n° 13575 publiée au Journal Officiel de la République française

Auteurs : Question : Damien Girard (Morbihan (5e circonscription) – Écologiste et Social). Réponse : Ministère de l’agriculture, l’agro-alimentaire et la souveraineté alimentaire

Question : M. Damien Girard alerte Mme la ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire sur le risque de fermeture du dernier abattoir de proximité du Morbihan.
Le nombre d’abattoirs en France a fortement diminué au cours des dernières décennies, passant d’environ 400 en 2003 à près de 220 aujourd’hui. Près de 30 % de ces abattoirs sont publics et assurent un service d’abattage indispensable, notamment pour les paysannes et paysans engagés dans les circuits courts. Ces structures font face à des difficultés de rentabilité croissantes. Si les fermetures concernent aussi bien les abattoirs publics que privés, les volumes ont tendance à se concentrer sur un nombre restreint de grands abattoirs privés. Il s’opère ainsi une concentration économique et géographique de ce maillon essentiel de la filière au profit de grands groupes industriels. De nombreux abattoirs de proximité souffrent de la concurrence d’outils d’abattage beaucoup plus importants, traitant des volumes bien supérieurs. Depuis deux ans, le rythme de fermeture de ces abattoirs de proximité s’est accéléré, avec au moins une fermeture par mois.
La disparition d’un abattoir de proximité a des conséquences directes pour les éleveurs et les éleveuses. Certains services deviennent inaccessibles, comme l’abattage d’urgence d’animaux accidentés, et les distances de transport s’allongent considérablement. Les éleveurs et éleveuses doivent parcourir des dizaines de kilomètres supplémentaires pour l’abattage puis pour la récupération des carcasses, ce qui alourdit fortement leur charge de travail et leurs coûts, dans un contexte où les conditions de travail sont déjà éreintantes et les trésoreries fragilisées. Faute d’abattoir de proximité, certains élevages sont ainsi contraints de cesser leur activité.
Les abattoirs de proximité constituent pourtant un maillon essentiel de la filière alimentaire. Ils permettent de limiter les charges de travail, de valoriser l’élevage paysan, de soutenir les circuits courts et la vente directe, garants d’une meilleure rémunération des éleveurs. Ils permettent également aux paysannes et paysans de conserver un regard sur les conditions d’abattage de leurs animaux. Leur disparition entraîne une perte de valorisation des élevages locaux et un basculement vers des circuits de distribution longs qui ne bénéficient pas aux territoires.
En 2023, le ministère de l’agriculture avait engagé un travail de diagnostic pour construire une « stratégie abattoirs », destinée à répondre à la crise du secteur. Cette démarche n’a toutefois débouché sur aucune action concrète et semble avoir été abandonnée. Dans le Morbihan, l’abattoir de Vannes, dernier abattoir multi-espèces du département, pourrait fermer prochainement. Les éleveurs et éleveuses risquent de se retrouver dans l’impossibilité de faire abattre leurs animaux et, par conséquent, de poursuivre leur activité. C’est ainsi l’ensemble de l’élevage du territoire qui se trouve menacé.
Face à cette situation, des éleveurs et éleveuses se sont organisés pour créer une société coopérative d’intérêt collectif, la SCIC abattoir des éleveurs du Morbihan (SCIC ADEM), avec pour objectif de maintenir un abattoir de proximité pérenne. Le préfet du Morbihan s’était opposé à la création d’un nouvel abattoir, par crainte de concurrencer l’abattoir privé existant de Vannes. Il avait alors été convenu que cet abattoir puisse être repris par la SCIC ADEM, projet soutenu financièrement par la collectivité Golfe du Morbihan – Vannes agglomération. Des études portant sur le bâti, le foncier et les équipements ont été menées en 2024.
Toutefois, en septembre 2025, les propriétaires de l’abattoir de Vannes ont indiqué ne pas souhaiter céder l’abattoir au prix proposé et ont annoncé sa fermeture, malgré les efforts de dialogue engagés par la préfecture, la collectivité et la SCIC. Il lui demande donc quelles sont les actions qu’elle entend mettre en œuvre pour sauver le dernier abattoir du Morbihan et, plus largement, pour soutenir et pérenniser les abattoirs de proximité sur l’ensemble du territoire.

Réponse : La décapitalisation du cheptel français, particulièrement du cheptel bovin, a lourdement impacté l’activité des établissements d’abattage ces dernières années, qui doivent pour certains faire face à un défi de modernisation pour répondre aux normes de bien-être animal et environnementales. En parallèle, l’activité des abattoirs fluctue notablement en fonction des périodes de l’année (fêtes religieuses, saisons, descente des alpages), nécessitant une flexibilité économique et technique des outils. Ces éléments mettent en lumière les défis liés à la rationalisation et à l’efficacité logistique dans le secteur de l’abattage en France, nécessitant des ajustements pour optimiser les chaînes de valeur tout en garantissant le bien-être animal et la viabilité économique des filières d’élevage.
L’enjeu est également de préserver cette capacité de production et de transformation en France, en cohérence avec les évolutions de la consommation et l’objectif de reconquête de la souveraineté alimentaire. La stratégie « abattoirs animaux de boucherie », lancée le 6 juillet 2023 par le ministère chargé de l’agriculture, s’inscrit dans la continuité du plan abattoirs lancé en 2021, et notamment de la mesure abattoirs du plan de Relance.
Cette stratégie vise à préserver un réseau d’établissements d’abattage répondant aux besoins des filières d’élevage, selon une approche territorialisée. Cette stratégie, déclinée en quatre axes, constitue l’un des volets du plan gouvernemental de reconquête de la souveraineté sur l’élevage. En parallèle, une mission a également été attribuée au conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux afin d’évaluer les conséquences de l’émergence d’abattoirs gérés par les éleveurs.

Assemblée nationale
Extrait du site du Journal Officiel de la République Française