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Le bien-être animal : état des lieux et perspectives

Par 20 janvier 2022 février 1st, 2022 Pas de commentaire

Type de document : Article publié dans Futuribles (en accès libre jusqu’au 6 mars 2022)

Auteur : Arthur Magnes

Extrait : Le nombre d’animaux de compagnie ne cesse de progresser en France : il est passé de 18 millions en 2012 à 21 millions en 2018. À ces données quantitatives vient se superposer une observation qualitative. Plus de deux tiers des Français considèrent leur animal de compagnie comme un membre de la famille. Ce glissement vers une relation de plus en plus intime avec l’animal de compagnie nous renseigne sur l’attention portée aux conditions de vie des animaux, qui s’impose comme un sujet de préoccupation majeur pour la société. L’enjeu du bien-être animal est en outre une cause à laquelle les jeunes générations sont sensibles : une enquête menée par OC&C dans plusieurs pays indique que la génération Z (née entre 1998 et 2016) place au premier rang de ses préoccupations militantes la défense de la cause animale, devant le soutien aux organisations de défense des droits humains et la lutte contre les inégalités.
Ce mouvement se traduit par un durcissement du cadre légal régissant la possession d’animaux de compagnie en France et en Europe. […]


Les évolutions légales accélèrent la transformation du rapport à l’animal de compagnie et, en développant une nouvelle attention à l’animal, permettent au marché du bien-être animal de se développer. Le chiffre d’affaires des activités liées au marché du bien-être animal atteint des sommets vertigineux. Aux États-Unis, il a augmenté de 108 % entre 2005 et 2019, pour atteindre 75 milliards de dollars US. En Chine, l’industrie des animaux de compagnie devrait atteindre 66 milliards de dollars US d’ici 2023, soit 10 fois plus qu’en 2013. En France, le marché est certes plus modeste (5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) mais a connu une croissance de 31 % entre 2010 et 2020.


Ce marché réunit plusieurs types de services à destination des animaux de compagnie : soins vétérinaires, alimentation, vêtements, accessoires divers, soutien psychologique, assurance… Plusieurs tendances se dessinent pour les années à venir :
– Une attention de plus en plus poussée envers la qualité des produits.
Aux États-Unis, la vente de nourriture pour animaux milieu de gamme a chuté de 6 % et celle des aliments bas de gamme de 13 %, alors que les aliments haut de gamme ont connu une hausse de 38 % entre 2014 et 2019.
– L’augmentation du budget moyen dédié aux animaux, qui résulte du souci d’offrir le meilleur à son animal de compagnie. En France, le budget annuel moyen consacré au bien-être de son animal (qui comprend les frais de vétérinaires, l’alimentation…) est passé de 600 euros au début des années 2000 à 800 euros en 2020.
– La croissance très rapide des offres d’assurance. Le budget élevé consacré aux soins de santé (compter jusqu’à 3 000 euros pour certaines interventions chirurgicales) devrait continuer à augmenter dans les années à venir, notamment pour les chiens. Or, le marché de l’assurance santé pour animaux, en pleine croissance en Europe et dans le monde, peine à décoller en France.


Si les adoptions de chiens connaissent un rebond en France depuis 2018, la population de chats connaît une croissance qui ne semble pas connaître de plafond. Entre 2000 et 2018, le nombre de chats est passé de 10 millions à 14 millions d’individus, alors que la population de chiens a baissé, passant de 9 millions à 7,5 millions d’individus. […] L’urbanisation joue un rôle fondamental : 75 % de la population française est urbaine et il est plus aisé pour un chat de vivre en appartement que pour un chien. De fait, les caractéristiques et besoins de l’animal de compagnie conditionnent en grande partie le choix de l’animal : un chien nécessite un investissement personnel du propriétaire (en attention, en temps…) plus important qu’un chat. Cette question de l’investissement explique pourquoi les adoptions de chats et de NAC augmentent chaque année en France. Nous nous orientons donc vers un futur peuplé de chats et de NAC.


Comment se positionner face à l’animal de compagnie ? Le renforcement du lien affectif entre le propriétaire et l’animal de compagnie suscite un besoin de connaissances des propriétaires, qui cherchent à comprendre le comportement et les besoins des animaux. Une offre s’est structurée pour y répondre (études d’éthologues, sites Internet d’éducateurs, etc.), qui propose une gamme de conseils visant à s’adapter davantage aux différents besoins des animaux en fonction de leur tempérament. De fait, il semble que le degré d’expertise des propriétaires sur la compréhension de leur animal se renforce. Cependant, un pendant extrême à cette tendance à l’expertise des propriétaires semble s’affirmer. S’appuyant sur la tendance actuelle à l’anthropomorphisme, on constate la multiplication d’offres à destination des animaux de compagnie calquées sur le fonctionnement et les besoins humains.


La cause animale est un sujet de préoccupation fondamental de la société civile : 70 % des Français considèrent la défense de la cause animale comme une priorité nationale. Cette attention croissante au bien-être animal justifie la mise en œuvre d’un cadre législatif contraignant visant à protéger les animaux de compagnie. Or, cette attention ne concerne pas uniquement les animaux de compagnie mais s’applique aussi aux autres catégories d’animaux : sauvegarde des animaux sauvages, bien-être des animaux d’élevage… De fait, le statut de l’animal se rapproche de plus en plus de celui de l’être humain, auquel on souhaite accorder des droits similaires (conscience, sentience…). Le bien-être animal apparaît ainsi comme le prolongement logique du bien-être humain, avec un mouvement d’extension progressive aux différentes catégories d’animaux.

 

Extrait du site de Futuribles