Type de document : article publié par Process Alimentaire
Auteur : Christophe Meneust
Extrait : Après plus de dix ans d’évolution des pratiques d’élevage, la filière française du poulet franchit une nouvelle étape en structurant ses initiatives autour d’un référentiel commun. Lancé le 9 septembre, le collectif « Filière Agricole Engagée pour Élever le Bien-Être Animal » rassemble près de 80 signataires issus de l’ensemble de la chaîne : éleveurs, organisations de production, couvoirs, industriels, acteurs de la restauration, experts, vétérinaires et scientifiques*. Plus de 1 300 éleveurs sont aujourd’hui engagés dans la démarche. « Il est temps pour nous de nous unir pour avoir une voix forte », résume Tristan, éleveur de poulets dans le Maine-et-Loire et représentant du collectif. L’ambition est double : poursuivre l’amélioration du bien-être des poulets et rendre plus visibles les progrès déjà réalisés.
Mesurer les progrès sur l’animal
Le référentiel repose sur 26 engagements et cinq exigences principales, supérieures aux obligations réglementaires. Il prévoit davantage d’espace dans les bâtiments, l’accès à la lumière naturelle, des enrichissements pour stimuler les comportements naturels, des exigences sanitaires renforcées et la formation régulière des éleveurs et des techniciens. L’espace disponible est notamment augmenté d’environ 10 % par rapport à la densité maximale réglementaire. La qualité de la litière et le taux de pododermatites font partie des paramètres suivis. Perchoirs, substrats à picorer, ficelles ou bottes de paille sont également déployés. « L’objectif est d’aller vers des indicateurs le plus possible basés sur l’animal, sur le poulet », a expliqué le collectif. Les premiers résultats communiqués sont présentés comme un point de départ pour cette démarche d’amélioration continue. Dans les élevages engagés, 80 % des indicateurs du référentiel interprofessionnel EVA (Filière Avicole & Élevage) obtiennent la meilleure note, contre 70 % habituellement. Le collectif fait également état d’une baisse de 61 % du recours aux antibiotiques entre 2011 et 2024, d’une réduction de 37 % des pododermatites et d’une progression de 10 % de la diversité des comportements observés chez les poulets. Ces résultats sont suivis avec l’appui d’experts et de vétérinaires indépendants.
130 M€ investis depuis 2016
Cette démarche formalise des investissements déjà réalisés dans les élevages. 2 600 poulaillers sont concernés. Les aménagements représentent plus de 3,4 millions de m² et environ 100 000 m² de fenêtres ont été installés pour apporter de la lumière naturelle. Le collectif chiffre à 130 M€ les investissements réalisés par les éleveurs avec leurs partenaires depuis 2016. L’enjeu consiste désormais à valoriser ces investissements et à poursuivre la dynamique. « On a amélioré la qualité de vie de millions de poulets ces dernières années. Ces efforts méritent d’être valorisés, mais nous sommes prêts à aller plus loin », affirme Louis-Marie, éleveur de poulets, dindes, canards et pintades dans les Deux-Sèvres et représentant du collectif.
Un repère unique pour les produits
C’est dans cette logique qu’est créé le repère « Bien-Être Animal – Filière Agricole Engagée ». Il apparaîtra progressivement à partir de septembre sur les emballages des produits concernés, mais également dans d’autres circuits : restauration commerciale et collective, snacking, boucheries ou bornes de commande. Le logo identifie des produits issus de poulets 100 % français répondant au référentiel commun. Il sera associé à un QR code donnant accès au détail des engagements et des critères. Le site dédié doit également permettre aux professionnels souhaitant rejoindre la démarche de se faire connaître.
Le choix d’un repère volontairement simple répond, selon les responsables du collectif, aux enseignements de plusieurs études consommateurs menées en amont. L’objectif est de permettre une identification rapide dans un environnement où les signes de qualité et logos se multiplient, tout en évitant une communication perçue comme culpabilisante. Le dispositif se veut par ailleurs complémentaire d’autres démarches existantes. Les produits répondant à l’European Chicken Commitment (ECC) pourront porter le nouveau logo dès lors qu’ils respectent l’ensemble du socle défini par le collectif. Le groupe LDC a notamment annoncé le lancement, à partir du 1er octobre, de nouvelles gammes ECC pour ses marques Le Gaulois et Maître Coq.
Bien-être, origine France et souveraineté
La démarche est également présentée comme un levier pour développer les volumes de poulet produits en France. La consommation de poulet progresse de plus de 5 % par an et représente près de 80 % des volumes de volailles consommés dans l’Hexagone. Dans le même temps, plus d’un poulet sur deux consommé en France est importé. Pour le collectif, la montée en exigence doit donc aller de pair avec le maintien d’une offre accessible. L’enjeu est de faire progresser le bien-être animal dans le poulet du quotidien, tout en renforçant la compétitivité de la production française face aux importations.
Cette ambition implique également de développer les capacités de production. L’interprofession Anvol estime à environ 2 200 le nombre de poulaillers supplémentaires nécessaires d’ici 2035 pour répondre à la demande et renforcer la souveraineté de la filière. Le collectif indique déjà disposer de candidats à l’installation et de projets d’extension ou de construction. La modernisation des outils d’abattage constitue un autre volet de cette trajectoire. Au sein du groupe LDC, plus des deux tiers des poulets relevant du référentiel sont déjà étourdis par atmosphère contrôlée, une technique dont le déploiement doit se poursuivre. Plus de 80 % des poulets concernés par la démarche sont par ailleurs abattus dans des sites disposant de vidéosurveillance.
Une démarche appelée à s’élargir
Le collectif se veut ouvert à de nouveaux acteurs économiques, mais aussi aux institutions et associations souhaitant contribuer à l’amélioration du bien-être animal. Sa gouvernance se veut volontairement souple, sans organisation hiérarchique classique, tandis que les différents membres apportent leurs moyens et leurs expertises. Une campagne de communication multicanale doit accompagner le lancement. Elle donnera notamment la parole à plusieurs éleveurs, choisis comme ambassadeurs de la démarche. Une campagne télévisée est prévue dès septembre, complétée par des actions dans la presse et sur le digital.
*Liste non exhaustive : Bourdicaud, Bureau ÊTRE, Cavac, Ciab, Amandine Chaignot, DanHatch France, Daunat, Eureden, Class’croûte, Comptoir du frais, DS restauration, Éric Guérin, France Frais, Grosdoit, Groupe Le Saint, Groupe LDC (le pôle Amont avec 3 couvoirs de poussin et 7 organisations de production, les 5 grandes filiales régionales du pôle Volaille, et le pôle Traiteur), le Groupe Michel, Le Gouessant, ITAVI, Marcy, Metro, Sanders, Taster, Transgourmet



