Ethique-sociologie-philosophie

Condition animale : Florence Burgat et Louis Schweitzer pointent un “paradoxe” entre la pensée et les actes

Par 23 décembre 2021 janvier 11th, 2022 Pas de commentaire

Type de document : Podcast de l’émission Le grand entretien sur France Inter (27 min)

Auteurs : Jérôme Cadet, Alexandra Bensaid, Stéphanie Boutonnatc, Alexandre Gilardi, Juliette Hackius. Interviewés : Florence Burgat, Louis Schweitzer.

Extrait : Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’Inra, affectée à l’ENS, auteure de “L’humanité carnivore” (Seuil) et Louis Schweitzer, président de la Fondation Droit animal (LFDA), ancien PDG de Renault, sont les invités du Grand entretien de la matinale pour évoquer la condition animale.


Plusieurs lois sur le bien-être animal ont été votées cette année et 40% des Français se disent flexitariens, c’est-à-dire qu’ils limitent leur consommation de viande. Pour autant, 3 millions d’animaux sont abattus chaque jour en France. C’est ce paradoxe que pointe Florence Burgat, philosophe et directrice de recherche à l’Inra : “Il y a une prise de conscience dans le monde politique et la société française mais ce sont les comportements qui changent les derniers”, explique-t-elle.
“Le fait qu’on ait une loi votée par la quasi-totalité des parlementaires est un fait nouveau. C’est positif”, ajoute Louis Schweitzer, président de la Fondation Droit animal (LFDA), ancien PDG de Renault. “Mais cette loi n’aborde pas les sujets les plus difficiles, qui sont l’élevage et la faune sauvage.” Des progrès sont donc selon lui encore à faire, notamment sur la chasse. “Je pense que ce gouvernement fait partie d’une génération où la compréhension du sujet animal n’est pas encore acquise”, note-t-il.


Limiter ou stopper sa consommation ?
Pour Louis Schweitzer, l’essentiel est d’apporter des conditions de vie convenables aux animaux. Il est selon lui possible de produire différemment en nourrissant toute la population, d’autant “qu’un poulet qui a eu des conditions de vie correctes est un meilleur produit”.
Un point avec lequel est en désaccord Florence Burgat, qui rappelle que “les poulets biologiques vivent entre 83 et 93 jours et le poulet d’élevage intensif vit 40 jours. On peut dire qu’ils n’ont pas du tout de vie. Certes, il vaut mieux qu’ils passent ces quelques semaines en plein air qu’enfermés. Mais il faut bien voir le problème de disproportion que nous avons entre le plaisir que nous avons à manger un poulet rôti et ce qu’il en coûte au poulet. A peine commence-t-il à avoir une vie qu’il est abattu. Dire que nous mourrons tous un jour, bien sûr, mais à qui peut-on souhaiter d’être abattu au moment où il commence son existence ?” interroge-t-elle.
La solution est selon la philosophe de ne plus manger de viande, “ça ne se fera pas du jour au lendemain mais c’est ma conviction profonde”, dit-elle.
Pour Louis Schweitzer, il ne faut pas arrêter de manger de la viande mais limiter sa consommation. “Il faut avoir conscience que même si on n’est pas vegan ou végétarien, dans nos pays riches, pour des raisons environnementales et pas seulement morales, il va falloir réduire la consommation de viande”, explique-t-il. “Il s’agit de manger moins de viande et de la viande de meilleure qualité.”
“Aujourd’hui, l’immense majorité des gens mangent de la viande et il faut que cette action ne se traduise pas par des conditions de vie insupportables pour les animaux”, souligne le président de la Fondation Droit animal. “Cela a un coût économique et il faut aider les éleveurs à supporter ce coût, leur permettre d’investir pour améliorer la condition animale et payer ce qu’ils produisent au prix nécessaire pour que les conditions de vie de ces animaux soient acceptables.”

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Extrait du site de France Inter